| CHAPITRE 2 | |
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Neuf mois pour passer du rêve à la réalité Neuf mois. Quarante courtes semaines pour passer du rêve à la réalité. Convaincus quun tel projet doit susciter ladhésion de tous nos collaborateurs, et impatients de leur faire découvrir ce quest un Espresso Bar, nous décidons à lautomne 1993 dorganiser notre séminaire annuel à New York. Nous y débarquons ainsi à seize pour un long week-end de quatre jours. ( ) Dès notre retour à Paris, nous établissons consciencieusement avec Ralph la liste de toutes les décisions quil va nous falloir prendre. Fort de lexpérience acquise par Michael dans un Espresso Bar de Chicago, nous avançons rapidement dans notre offre de boissons : Espresso, Can Panna, Machiatto, Frappuccino, mais aussi et surtout Caffè Latte, Cappuccino, Mocaccino, ent versions chaude etns glacées. ( ) Reste le plus important : choisir le nom de notre enseigne. Bien quayant rapidement imaginé quelque deux cents noms possibles, nous nen trouvons aucun qui nous satisfasse complètement. Ralph et moi sentons bien que nous tournons sans succès autour du problème. De Planète Café à Coffee Depot en passant par Phils & Ralphs, tout nous paraît bien fade et san sde peu dintérêt. - Et pourquoi pas... Columbus ? - Columbus, Columbus, Columbus ! Tu sais que tu nes pas mauvais, toi, quand tu te donnes la peine dêtre créatif ? Mais avec un « o » ou avec un « u » ? - Un « u » , bien sûr ! Columbus Espresso Bars. Avec aussi un « s » à Espresso et un « s » à Bars, pour bien montrer tout de suite que nous sommes différents et que nous sommes une chaîne. - Ca sonne plutôt bien ! Et cest un clin dil sympa à « Coopers Coffee » sur Columbus Avenue, à New York. - Sans compter Christophe Colomb... et puis la Colombie ! ( ) Problème suivant, créer un logo et une identité visuelle suffisamment forte. Sur ce sujet, pas dhésitation possible. Notre choix se porte immédiatement sur nos amis Pierre Cazaux et Patrick Veyssière, co-présidents fondateurs de lagence de design Dragon Rouge, qui ont conçu en 1986 la couverture de notre livre « Service compris » , puis, un an plus tard le logo de PBRH Conseil. Nous nous efforçons de leur résumer notre défi : afficher notre différence sur un marché endormi, symboliser la force et la puissance, malgré la petite taille dune entreprise, susciter laffection du public, toutes générations confondues, évoquer lAmérique du Nord, où nous avions trouvé notre inspiration... et ne pas oublier notre métier de base, le café. Enfin, être une invitation à venir régulièrement faire une pause gourmande. Pour alimenter leur réflexion, je leur laisse la copie dune cinquantaine de logos dEspresso Bars américains, que Patrick Veyssière analyse sur-le-champ dun regard aiguisé. ( ) 8h30 ! Jattends Ralph depuis une demi-heure. Il semble ne sêtre pasquil ne se soit pas réveillé. Fier comme le « patron de bar tabac » immortalisé par Coluche, je décide douvrir seul au public, qui sengouffre immédiatement dans le magasin. Arrivé une heure plus tard, Ralph aura au moins vu ce magasin plein une fois dans sa vie ! En ce jour béni, près de 500 clients se bousculent pour découvrir nos pâtisseries et nos boissons. Et je ressens la fierté dêtre passé du rêve à la réalité, un peu plus dun an après mon coup de cur chez « Coopers Coffee » . En fin daprès-midi, au moment où nous reprenons le TGV de Paris, Ralph et moi ignorons pourtant que jamais nous ne referons, à Euralille, un aussi bon chiffre daffaires quen ce jour douverture. ( ) Ca démarre très fort En quelques secondes, ce grand visionnaire qui avait par ailleurs dramatiquement échoué à New York quelques années plus tôt venait de se livrer à lexercice favori de la France qui perd. Reproduire son passé au lieu dinventer son avenir. Ce même soir, censé être un soir de fête, aucun des clichés dont certains continuent de nous être adressés ne nous fut ainsi épargné, même de la part de nos amis. - Si cela marche aux Etats-Unis, cest parce que leur café est imbuvable ! Avez-vous déjà goûté leur jus de chaussettes ? - Ah bon, ça marche à New York, ce type de « cafétéria » ? Remarquez, cest normal, ils nont pas la chance davoir des cafés comme ceux que nous avons en France - Vous savez, on ne change pas de métier comme cela, vous navez aucune chance ! - Je suis sûr quil est infiniment plus facile de faire découvrir lexpresso lespresso aux Américains que de réinventer en France un business aussi ancien. - Aucun challenger na jamais réussi dans ce secteur, qui est détenu depuis des générations par quatre ou cinq acteurs qui en maîtrisent tous les rouages - Si vous nêtes pas auvergnat, vous navez aucune chance dans ce métier ! - Comment allez-vous faire pour lutter contre le vol ? Personne ny est jamais arrivé dans ce business ? Je reprends bravement une coupe de champagne. Rien ne mébranlera lorsquil sagit de célébrer nos débuts « prometteurs » . |
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