| CHAPITRE 11 | |
| Ton optimisme, toujours, tu afficheras ( ) Le plus difficile ne fut pas de nous contraindre au silence pendant toute cette période, mais plutôt doublier momentanément lampleur de nos difficultés à chaque fois que nous devions évoquer en public le passé ou lavenir de Columbus. De taire nos frustrations, pour mettre en valeur des succès imaginaires, lestomac en tire-bouchon et la peur au ventre. Le plus difficile ne fut pas cependant de nous contraindre au silence pendant notre période noire, mais de taire systématiquement nos frustrations, pour mettre en valeur des succès très relatifs, lestomac en tire-bouchon et la peur au ventre. De passer, tel un caméléon, de la rage à leuphorie, quittant une réunion avec des investisseurs pour entrer dans une autre avec nos équipes. Ou vice versa. Lespace qui sépare le doute de la confiance ne tient quà un fil. Impossible pourtant dapparaître autrement quenthousiastes, optimistes et sûrs de nous à chaque fois que nous rencontrions journalistes, banquiers, fournisseurs, salariés ou même parents. Règle dor en période de crise : ne JAMAIS jamais oublier que personne naime les perdants. Mais tout le monde nest pas forcément Chacun est-il capable de faire ainsi abstraction de la réalité, durablement et de façon convaincante. ? Le secret de la réussite quant tout va mal tient pourtant dans cette aptitude à passer en permanence de la gestion quotidienne de problèmes qui vous minent à la communication dun rêve intact. Selon un principe dune banalité affligeante « Si même eux ny croient plus, cest foutu ! » , une entreprise dont les dirigeants baissent ostensiblement les bras na aucune chance de sen sortir. A tel point que je me demande parfois si cette capacité, qui nest pastout sauf naturelle, ne définit pas mieux que toute autre le leadership. ( ) Quil est pénible de préparer sereinement lavenir, quand tout seffondre autour de vous Quil est difficile de « tchernobyliser » ses problèmes par une simple gymnastique de lesprit, lorsque lédifice que vous avez construit seffondre sous vos yeux, pierre après pierre Cette contrainte a pourtant le mérite de vous obliger à ne jamais vous départir de votre optimisme, jallais dire de votre foi en vous. Car tout est dans la tête. Peu de gens se croient ainsi capables de faire bouger des montagnes. Et donc bien peu y parviennent. Il suffit parfois de se dire que « lon peut y arriver » pour que la façon dy parvenir commence à prendre forme dans son esprit. ( ) Nos locaux, réduits dès 1996 à leur plus simple expression, étant par définition des « locaux de guerre » , nous navons pu nous offrir le luxe daffecter à chaque pièce une destination précise, mais cette religion de loptimisme bien compris ne ma jamais quitté. Car disons-le franchement : les bonnes nouvelles attirent les bonnes nouvelles, tandis que les mauvaises déclenchent le plus souvent une avalanche. « Le pire nest jamais sûr » , faisait dire Claude Lelouch à « lapprenti acteur » Bernard Tapie dans le film qui signait le grand retour du pestiféré de la politique et du business français sur le devant de la scène. Ce que Jean Boissonnat résume avec beaucoup plus de talent quand il explique sur Europe 1 « quen économie, quand on craint le pire, on le fabrique. Et que quand on compte sur le mieux, on y contribue » . Utilisée pour conclure plusieurs centaines de mes conférences, cette citation traduit peut-être la plus fondamentale des lois économiques. Sans confiance, pas de croissance. Sans ambition, pas de projet. Et sans optimisme, pas de réussite. |
|
| RETOUR BONNES FEUILLES |